Partager l'article ! EDITORIAL du Numéro 4, par Laure Hinckel: Laissez-vous séduire! Sur Seine & Danube, ...
Laissez-vous séduire!
Sur Seine & Danube, pas de thème prédéfini mais des envies et des propositions. Seine & Danube fonctionne à la séduction, un carburant très fort.
Les coups de cœur des uns et des autres deviennent les découvertes de tous – grâce à cette revue. Car le traducteur est souvent celle ou celui qui écorce le premier le bel arbre du texte. Il fait
même plus, il s’insinue entre la chair et l’écrin, il épouse, le temps d’une traduction, la pulsation du texte. Et en grand gourmand généreux qu’il est, il partage aussi, bien entendu, le fruit
de son travail.
Confier une traduction à une revue – fut-elle une revue amie, une revue outil, une revue vitrine – n’est pourtant pas forcément facile. « Ai-je bien choisi mon extrait ? », « N’ai-je pas laissé trop d’aspérités ? » ou à l’inverse, « N’ai-je pas trop trahi l’original ? », « Mon français ne s’est-il pas relâché à la fin du passage » ou au contraire, « Ai-je bien entendu, dès les premiers mots, la voix souterraine de ce texte ? », « Ai-je bien respecté le niveau de langue ? », « Et puis, ce travail, est-ce qu’il sera lu par quelqu’un ? Par un éditeur ? Et si ma présentation de l’auteur n’était pas assez « vendeuse » ? En même temps, ce que je propose là, c’est autre chose qu’un dossier de traduction porté dans une maison… »
Les affres du traducteur qui s’apprête à appuyer sur la touche « envoi », je les connais et de les comprends. Quand j’ouvre mes petites enveloppes en pixel, je pense à eux, les traducteurs autant qu’à vous, nos futurs lecteurs. C’est à ce moment-là de l’ouverture des messages reçus que le carburant de séduction travaille à son plus haut rendement.
Il y a un côté magique dans cette étape où les désirs des traducteurs voyagent dans l’éther pour atterrir dans la boîte email de la revue. « Bonjour revue », me dit l’anonyme interface planétaire… et c’est un jeu de petites enveloppes que j’ouvre les unes après les autres : une note biographique, une photo, une présentation, une traduction. Le désir de séduire est là, il vient à la rencontre de celui ou, en l’occurrence, de celle qui ne demande qu’à être transportée, déplacée de son axe pour respirer un autre air, plus pur : c’est en résumé le rapport entre le séducteur et la personne séduite, nous apprend Gabriel Liiceanu dans l’essai De la séduction qu’il consacre… à chacun de nous – en effet, qui peut se targuer de s’être toujours tenu hors de portée de toute séduction ? Nous avons tous été pris au jeu de pouvoir de cette séduction qui signifiait initialement "emmener à part"...
Car la séduction est peu ou prou la vie elle – même.
Dans sa forme la plus noble, la séduction est une histoire d’enseignement et de progression de la personne. Cette expérience, nous la partageons en lisant la nouvelle d’Ovid. S. Crohmalniceanu : on est à la fois tiré de soi-même, élevé et pour tout dire, séduit par le casse-tête de la topologie des quatre couleurs… résolu par les élèves d’un vieux prof de géométrie qui y aura laissé sa jeunesse. Ici, la séductrice est la connaissance et la personne séduite est le chercheur.
De Peter Kerek, dramaturge, nous publions un scénario-film intitulé 9° à Paris. Cette forme théâtrale inédite nous rappelle que le séduire est omniprésent dans nos sociétés. Le théâtre est ô combien un lieu de séduction... et de pouvoir. Ici, il y a double emprise du séducteur (l'auteur) sur le spectateur (séduit) car le personnage unique de cette pièce apparaît aussi bien sur un écran placé en fond de scène que, là, sous nos yeux, sur la scène.
C’est un autre type d’attraction qu’évoque Doina Ioanid dans ses Poèmes de passage : « Ma chair se languit. Touche-moi comme si tu ne me connaissais pas, comme si tes doigts ne savaient pas encore dessiner le contour de mes cuisses ! Touche-moi comme si tu n’avais pas appris à me défaire en rêve, comme si le soleil ne devait plus jamais se lever ! » Monica Salvan, qui a donné ses mots à la poétesse est pour la première fois invitée dans nos pages. On lui souhaite la bienvenue.
Les petites enveloppes en pixel se sont ouvertes aussi sur la jeunesse d’Eugène Ionesco, car le coup de cœur de Virgil Tanase en cet automne 2011 est l’essai de référence que l’académicien Eugen Simion consacre au génie français d’origine roumaine.
Autre rencontre passionnée, celle de la toute jeune Gil Mésange qui prête sa plume (oui, je sais, l’effet était facile) au tout aussi jeune romancier Ovidiu Pop : il lui a confié son premier roman étonnant, intitulé Trickster. Double première : Gil Mésange débute ici en traduction.
Incitante aussi, comme toujours, Ana Maria Sandu et son Tue-moi! au titre provocateur, dans les mots justes que lui prête Fanny Chartres. Ludique et surprenant est enfin le Zeste des choses… d’Adrian Otoiu, rendu par le verbe puissant de Dominique Ilea.
Seine & Danube vous livre son lot de coups de cœur. Nous espérons qu’il saura vous « emmener à part » le temps d’une lecture.
Laure Hinckel
Directrice de la publication
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1
L'Association des traducteurs de littérature roumaine (loi 1901) a été fondée à Paris en décembre 2006.
Son objet est de favoriser la diffusion de la littérature roumaine en langue française par tout moyen. Son siège social est situé à l'Institut Culturel Roumain de Paris.
L'ATLR a organisé en avril 2008 à Paris les Premières rencontres internationales de
traducteurs de littérature roumaine. Ces deux journées d'ateliers ont réuni 17 traducteurs littéraires de 18 pays.
La revue Seine&Danube, nouvelle série, a vu le jour en janvier 2010. Deux numéros ont paru sous la houlette de Nicolas Cavaillès, son premier rédacteur en chef.
Seine&Danube est le résultat du travail de tous les membres de l'association.
Président : Dumitru Tsepeneag
Secrétaire : Laure Hinckel
Trésorière: Mirella Patureau
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